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Sham

4 min | Published le 26/02/21 - Dernière mise à jour le 07/09/21

Témoignage d’un chirurgien : le facteur humain et le travail en équipe comme leviers d’amélioration de la sécurité des soins

Le témoignage du Docteur Mathieu Poussier, chirurgien digestif et Master en Management de la Gestion des Risques et la Qualité de l’IFROSS sur l'utilisation du facteur humain et du travail en équipe comme leviers d'amélioration de la sécurité des soins en établissements de santé.

L’impact négatif d’une mauvaise communication au sein d’une équipe dans la survenue d’évènements indésirables associés aux soins (EIAS) n’est plus à démontrer. Si la survenue d’EIAS a longtemps été considérée comme résultant d’une action individuelle inappropriée d’un soignant sur un patient, c’est avant tout dans le fonctionnement de l’équipe que se trouve les causes racines, et donc les actions d’amélioration à mener. Régulièrement mis en cause dans les EIAS, les facteurs humains sont devenus une cible prioritaire pour améliorer la sécurité des soins.

Dans les années 80, un programme de Crew Ressource Management (CRM), créé par la NASA, a permis de corréler la survenue d’accidents de la circulation aérienne à des échecs de communications interpersonnelles, à des prises de décision inadéquates ou encore à un leadership défaillant au sein des équipages. Dérivé du modèle aéronautique, le CRM santé est un module d’animation qui a pour objectif de réaliser un diagnostic des dysfonctionnements d’une équipe en se focalisant sur les attitudes et les comportements des professionnels de santé et leurs impacts sur la sécurité des patients. Aucun aspect technique médical n’est abordé, seulement les compétences non techniques comme la communication, la place du patient, la coopération, l’alerte, la gestion du stress ou le leadership. Le principe est d’amener les participants à libérer leur parole autour du fonctionnement de leur équipe dans un cadre bienveillant, ouvert et participatif.

Lors d’un retour d’expérience personnel sur une animation au bloc opératoire d’une structure privée, le CRM m’a permis de poser un diagnostic clair et partagé sur les dysfonctionnements de cette équipe : défaut de communication entre pairs, défaut de leadership du cadre de bloc, stress intense avec des équipes soignantes épuisées… Pas besoin d’un CRM pour comprendre cela, me direz-vous ! L’intérêt de l’outil n’est pas là. C’est dans la libération de parole et les regards croisés qu’il prend tout son sens. Un diagnostic établi par un audit externe ne rend pas compte des tensions internes et des enjeux sociologiques qui se jouent dans l’écosystème particulier d’une équipe. En abordant des situations précises et volontairement polémiques, le CRM a fait réagir l’équipe bien au-delà du cas exposé. A la sortie de la séance, un participant me confiera : « C’est puissant, ça remue, mais il nous fallait ça pour avancer ! » 

Mais attention, pour que l’équipe prenne conscience collectivement de ses forces et des points d’amélioration, il faut que le CRM soit mené dans un climat propice, en dehors de toute crise majeure sous peine de le voir se transformer en une séance de règlements de comptes stériles et non constructifs. Toute la subtilité du CRM consiste à éclairer les problématiques liées au dysfonctionnement de l’équipe, en restant focalisé sur la sécurité des soins, sans alimenter les rancœurs et les querelles.

Le Programme d’Amélioration Continue en Équipe (PACTE) créé par la Haute Autorité de Santé inclut dans sa phase diagnostique une animation CRM qui a été plébiscitée à 77% par les équipes. Néanmoins, les résultats sont plus mitigés dans la mise en œuvre du plan d’action qui découle de cette phase-là. D’autres outils comme la check-list, le briefing-débriefing ou SAED peuvent s’implémenter facilement dans la pratique quotidienne des équipes. L’enjeu est avant tout de retrouver un espace d’échanges bienveillants et constructifs qui contribuera à renforcer la culture de sécurité et avec des impacts bénéfiques pour les patients.