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Sham

4 min | le 21/09/20

COVID-19 : vers un retour au premier plan du métier de soignant ?

Et si le « monde d’après » signifiait d’abord le retour en force du « métier » au sein de l’Hôpital ? Pris dans la tourmente de la crise sanitaire du COVID-19 au printemps dernier, les établissements hospitaliers ont dû affronter des difficultés inédites : afflux de patients, confrontation à un nouveau virus, manque de matériel... 

Il est à craindre que, dans un tel contexte, une partie du personnel soignant ait pu se retrouver en situation de stress très élevé. Pourtant, paradoxe apparent d’une telle situation, on a aussi pu découvrir de nombreux témoignages de soignants soutenant n’avoir jamais aussi « bien travaillé » que lors de l’épidémie du COVID-19. Cela peut paraître surprenant, voire incongru, au regard de l’intensité de la crise traversée.

Comment comprendre une telle situation et quelle conclusion en tirer ?

La crise sanitaire du Coronavirus a été l’opportunité pour les soignants de recentrer leur pratique professionnelle sur le « cœur de métier » en s’engageant avec sens dans la prise en charge des malades, en faisant preuve d’initiative ou d’innovation, en étant capables de mettre en place de nouvelles formes de coopération et en favorisant une délibération collective autour du travail réel. Cela a été notamment l’occasion de mettre entre parenthèse certaines contraintes gestionnaires, pour libérer les expertises et mieux remettre au cœur de l’action leur pouvoir d’agir. Cela a non seulement permis de relever le défi imposé par le Covid-19, mais aussi de fonctionner comme un compensateur des éventuelles tensions générées à cette occasion. De nombreux témoignages de personnels hospitaliers ont ainsi fait état d’une sensation (re)trouvée de pouvoir faire un travail de qualité, au chevet du patient.

Ce retour du « métier », au moyen d’une capacité d’autonomie, de décision et d’affiliation à une communauté de pratiques professionnelles (autant de facteurs déterminants pour la qualité du travail), semble dessiner une alternative intéressante en matière d’organisation du travail. Le lien entre travail et santé mentale peut être envisagé sous un angle renouvelé dans un contexte où, par ailleurs, il n’a jamais été autant question de prévenir les « risques psychosociaux » à l’Hôpital. En effet, les contraintes exceptionnelles exercées par l’épidémie de Coronavirus sur les conditions de travail ont aussi été l’opportunité pour le personnel soignant de développer ou de renforcer leurs ressources psychosociales, que ce soit en agissant avec une meilleure coopération inter-métier, une plus grande latitude décisionnelle ou un apprentissage permettant de retrouver le sens d’un travail centré sur le soin auprès du patient, ce-dernier étant considéré comme référence centrale d’arbitrage et de régulation. En perspective, les équipes sont parvenues à trouver, tout au long de cette crise sanitaire, un équilibre entre les contraintes rencontrées et les ressources mobilisées.

On peut alors, à cette occasion, comprendre que la souffrance au travail ne se fonde pas tant sur les contraintes rencontrées dans l’activité que sur le manque de ressources à disposition, c’est bien dans cet interstice que se situe le point de bascule vers le « risque ». La dimension psychosociale du travail, entendue comme mobilisation d’un engagement psychique individuel (sens, valeurs et engagement au travail) et d’un engagement social collectif (coopérations, entraides et délibérations) est la matière innervant l’activité. Elle revêt un enjeu majeur pour la santé des travailleurs, dans la mesure où elle peut être un opérateur de renforcement de la qualité de l’agir et un facteur de développement subjectif et professionnel. L’épisode du COVID-19, en sollicitant indirectement toutes les ressources possibles en matière d’ingéniosité pour subvertir les obstacles, vient rappeler que la santé au travail se construit d’abord à travers la capacité des acteurs de terrain à agir en réalisant des compromis équilibrés entre les valeurs portées, les modes opératoires produits, les objectifs à atteindre, la complexité des situations traitées et la mobilisation des collectifs. Ces compromis fruit de l'ingéniosité individuelle et collective, sont autant de facteurs protecteurs face aux risques psychosociaux, puisqu’ils agissent comme des ressources permettant de maintenir un équilibre face aux contraintes subies. La redécouverte et la consolidation de cette dimension psychosociale du travail, qui peut se tisser (même dans les situations les plus difficiles) à travers les ressources organisationnelles, techniques et humaines à disposition, s’avère centrale car elle seule peut mener au sentiment de « bien » faire son travail, selon les règles de l’art partagées par les pairs.

La crise traversée a pu donc, paradoxalement, être une occasion pour les soignants de retrouver le sens du travail, la faculté de délibérer collectivement, au final le sentiment de faire son « métier » et de bien le faire en dépit des conditions dégradées dues au COVID-19. C’est de cette manière qu’il faut entendre le retour en force du « métier » pleinement recentré sur l'activité réelle. Cela invite aussi à remettre en question les dispositifs de gestion et d’optimisation organisationnelles, tels que le Lean, dont il conviendra sans doute de rediscuter le déploiement pratique et l’adaptation de sa philosophie à l’univers du soin. L’enjeu est, dans cette perspective, de tirer quelques enseignements du point de vue de l’organisation du travail au sein de l’Hôpital, afin que ce retour à la centralité du métier soit pérenne, puisqu’elle apparaît comme un puissant facteur de cohésion collective, de satisfaction au travail et, in fine, de qualité du service à l’usager.