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Sham

5 min | le 18/09/20

IOA : un rôle clé au sein des établissements de santé

Le rôle de l’IOA est d’accueillir de façon « personnalisée » le patient et ses accompagnants à leur arrivée, de définir les priorités de soins en fonction des besoins exprimés et/ou constatés, et en fonction de ces derniers, de décider du lieu de soins adapté.

Quelles sont les missions principales d’un(e) IOA ? 

 

  • Accueil, évaluation et tri des patients arrivant aux urgences.
  • Décision du lieu de soin adapté (salle d’accueil des urgences vitales, filières…).
  • Information du patient et des accompagnants sur l’organisation des soins, fonctionnement de service, délai (important) et raisons d’une éventuelle attente.
  • Installation du patient en fonction des besoins
  • Rôle de réassurance du patient et de l’entourage
  • Surveillance de la salle d’attente


Comment sont évalués les patients qui arrivent aux Urgences ? y a-t-il un protocole à suivre ? 


Devant l’inadéquation entre le nombre de patients et les ressources soignantes dans un service d’urgence, l’IOA doit procéder à un tri des patients à leur arrivée. Ce tri doit permettre d’acheminer les patients vers les ressources adéquates dans les délais appropriés.
Pour cela, l’IOA procède donc à un interrogatoire du patient (ou de l’entourage quand c’est nécessaire) afin de recueillir le motif de recours exprimé ou non par le patient, les circonstances de survenue, les antécédents pertinents et les traitements spécifiques en cours.
Ensuite elle procède à une observation du patient et en fonction des motifs de recours, elle va prendre un certain nombre de paramètres vitaux.
En fonction de tous ces éléments, et avec l’aide d’un outil de tri, elle va pouvoir identifier, évaluer et classer les besoins en soins des patients en fonction de leur priorité et déterminer la meilleure façon d’y répondre.
L’outil de tri est important et sa conception est fondamentale. Il existe plusieurs outils de tri qui ont été validé au niveau des sociétés savantes et qui peuvent être utilisés dans les différents services, avec parfois une adaptation à apporter en fonction du profil de patients qui est reçu (adulte ou enfant, mixte, selon les filières disponibles sur le centre hospitalier…). Ces outils de tri permettent une homogénéisation des pratiques qui s’ajoute aux compétences individuelles des soignants qui exercent à l’accueil.
 

Est-il nécessaire d’avoir une formation supplémentaire ? quelles compétences/qualités doit-on posséder ? 


Les compétences à avoir : 

  • Une expérience professionnelle dans le domaine de l’urgence (au moins de 2 ans)
  • Une connaissance des gestes législatifs
  • Gestion du stress et de l’agressivité des patients / famille (une prise en charge qui se passe mal à l’accueil à malheureusement de grand risque de mal se passer tout le long de la prise en charge)
  • Savoir utiliser les outils à disposition et bien les connaître (outils informatiques, outil de tri, protocoles qui s’appliquent à l’accueil)
  • Bien connaître les structures hospitalières et extra-hospitalières (poste qui fait l’interface entre les partenaires extérieurs de l’urgence et le service des urgences)
  • Avoir une attitude assertive
  • Etre réactif et savoir s’adapter / réagir face à chaque situation
  • Savoir être

la formation à suivre :

Formation indispensable et en principe exigée pour pouvoir occuper ce poste
A la formation, une période de doublure avec un autre soignant expérimenté paraît indispensable.
La formation apporte la partie théorique du poste et la doublure permet au soignant de pratiquer dans la milieu professionnel où il exerce, surtout si la formation se fait en dehors de son centre hospitalier.
 

Quelles sont les relations de l’IOA avec les autres membres de l’équipe des urgences ? 

L’IOA ne peut exister sans qu’un médecin posté des urgences soit référent de l’IOA. Ce médecin doit pouvoir intervenir ou répondre à toutes difficultés exprimées par l’IOA.
Ses relations sont aussi bien avec les autres membres de son équipe, en fonction des filières, qu’elle prévient en cas de nécessité. Mais, aussi avec les intervenants extérieurs (pompiers, ambulanciers, policiers, accompagnants) ou extra-services avec les autres spécialistes de l’établissement en fonction des filières qui sont mises en place (par exemple, c’est elle qui prévient le neurologue pour toutes les filières neurovasculaires qui se présentent sur le CH de Bourg en Bresse).
La communication est une qualité requise aussi importante que la qualité professionnelle de tri qu’elle peut exercer.
 

Quels sont les pièges/ Risques du métier ?

Il existe 2 principaux pièges à ce poste :

  • Le risque de sous triage : c’est la hantise des soignants. La crainte de sous évaluer la gravité d’un malade et de ne pas lui attribuer le bon niveau de priorité ce qui entrainerait des conséquences pour ce dernier.
  • L’autre risque, lié au précédent et craint par l’IOA, c’est le sur-triage. Si l’IOA sur-trie les patients par crainte de passer à coté de quelque chose de grave, c’est l’ensemble du tri qui perd sa valeur. Si tous les patients sont surévalués, les délais pour les voir ne sont plus tenables et le tri perd tout son sens.

Pour résumé les risques du poste IOA, j’utilise souvent cette phrase comme métaphore : « le sous triage est un risque individuel pour un patient donné, le sur triage est un risque collectif pour l’ensemble des patients des trier ».
Globalement, d’après les études et pour rassurer les soignants exerçant sur le poste IOA, le médecin référent permet d’affiner le triage IOA en corrigeant surtout la surcotation des patients et nettement moins fréquemment en détectant un patient grave non identifié.
 

Quels sont les bénéfices pour le service et les patients ?  

  • Reconnaissance et prise en charge rapide des malades plus graves par l’IOA
  • Reconnaissance et orientation des patients les moins graves vers des filières spécifiques (maison médicale de garde par exemple), réduisant ainsi la charge en soins
  •  Amélioration de la satisfaction des patients ou de leur entourage
  • Réduction du nombre de sorties prématurées

En revanche, il n’y a aucune modification sur les temps de passage aux urgences.
 

Depuis combien de temps existe la fonction d’IOA ? la fonction a-t-elle évolué depuis sa création ? 

Elle existe depuis le début des années 2000. Elle a été formalisée en 2004 dans un référentiel de la SFMU. Elle a peu évolué depuis la création de ce poste et surtout elle n’est pas encore généralisée sur tout le territoire ou de manière très récente dans certains services d’urgences.
A l’aide de protocole, nous avons essayé sur le Centre Hospitalier de Bourg en Bresse d’apporter une certaine autonomie à l’IOA, notamment sur la gestion de la douleur. Cela fait ainsi une 15aine d’années que les IOA peuvent dispenser, sur protocole, des antalgiques aux patients présentant une douleur à leur admission à l’accueil (concerne presque 80% des motifs de consultation). Depuis plus de 10 ans, les IOA, toujours sur protocole, peuvent prescrire des bilans radiologiques dans un certain nombre de cas de traumatologie dès l’accueil. Cette compétence de prescription de radiologie a été reconnue récemment avec les délégations de tâches pour les IDE (Infirmier diplômé d'Etat).
Enfin, de la même manière sur protocole, depuis 4 à 5 ans, les IOA peuvent également prescrire les bilans biologiques des patients qui se présentent à l’accueil. Cette prescription anticipée et faite par l’IOA a permis de diminuer le temps de passage aux urgences pour les patients concernés par un bilan bio de presque 1 heure.
Par contre, à mon sens, le développement de l’IOA et des protocoles qui lui permettent de prendre en charge un patient m’a fait changé ma vision de la prise en charge du patient. Classiquement, on pense qu’une prise en charge aux urgences commence quand on voit le médecin. Avec des bons outils et protocoles dès l’accueil, on se rend compte que c’est l’IOA qui démarre réellement la prise en charge du patient et que parfois, le médecin n’intervient qu’en toute fin, quand il s’agit de « conclure » la prise en charge en la complétant avec l’interrogatoire et l’examen médical, mais en ayant déjà réalisé le bilan radiologique ou biologique du patient.
 

Quelles sont les raisons de cette évolution ? les freins de cette évolution ? freins internes (personnels, anxiété du poste) et externes (institutionnels/ réglementaires) ? 

L’évolution de la démographie médicale, la prise de conscience et les mesures qui se développent depuis quelques années vont permettre, à mon sens, une évolution accélérée du poste d’IOA. Ce que l’on commence à voir avec les délégations de tâches pour les IDE, la mise en place d’infirmière en pratique avancée.
Cette évolution ne devrait pas seulement concernée le poste d’IOA, mais l’ensemble de la profession d’IDE aux urgences comme avec la parution d’un protocole de délégation de tâches qui concerne la prise en charge des plaies et des sutures (protocole déposé au niveau national par les urgences du CH de Bourg en Bresse). Evolution qui se fera bien sûr avec des textes réglementaires qui permettront de cadrer ces pratiques comme c’est le cas pour les sutures. J’imagine vraiment une formation en pratique avancée pour les IDE aux urgences qui leur permettra, avec une formation universitaire de devenir des spécialistes dans le domaine de l’urgence. Cette formation renforcera leur bagage pratique et leur savoir, leur permettant une autonomisation dans le domaine du tri d’un accueil d’un service d’urgences.
C’est ce qui existe déjà dans certains pays comme le Canada où le tri des urgences relève d’une compétence et d’une spécialité IDE à part entière.
 

Cette fonction s’est développée dans d’autres établissements en France, partagez-vous vos expériences ? 


Actuellement le poste d’IOA s’est grandement généralisé dans les services d’urgences de France. Mais il existe encore du travail à proposer sur ce poste ou sur le tri et son organisation dans un service d’urgence.
Il existe des échanges qui se font notamment sur les Congrès nationaux où les paramédicaux ont une représentation, à juste titre, de plus en plus importante et même un collège scientifique au sein de la SFMU.
Mais je pense malgré tout que l’on ne communique pas assez sur les dispositifs qui fonctionnent et que l’on pourrait encore plus partagés entre structures d’urgences, sous réserve qu’une bonne solution dans un centre ne l’est pas toujours dans un autre et qu’il faut savoir s’en inspirer mais surtout l’adapter à son organisation, son réseau, son établissement et son plateau technique.